Chronologie de la Guerre de 1870 par Gino Segrais – de JANVIER 1870 à MARS 1871

Cette chronologie reprend les principaux faits nationaux intégrés aux événements du Centre Val de Loire et plus particulièrement du Vendômois…

Mois de Janvier 1871


Dimanche 1er Janvier 1871

L’Empire allemand entre juridiquement en vigueur. Une escarmouche se produit à Rueil en banlieue parisienne. Les Prussiens essayent en vain d’enlever Bondy. Dans la dernière semaine de l’année on a enregistré trois mille deux cent décès à Paris. Un détachement du IX° Corps prussien du général von Rantzau, établi à Briare (Loiret) pour observer les restes de l’Armée de Bourbaki  est pris à parti par un détachement du 15ème Corps et l’oblige à rétrograder sur Gien.

Le prince Frédéric Charles a mis les III° et IX° Corps au repos sur Orléans et les environs tandis que le 1er Corps bavarois de von der Thann est renvoyé sur Etampes en réserve générale. Le X° Corps occupe Vendôme et Blois. La subdivision du Grand-Duc de Mercklembourg a pris position entre Chartres et Dreux.

Le général Rousseau s’est établi autour de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) avec le corps franc du colonel Lipowski qui couvre les routes de Bellême (Orne) à la Fourche (Eure-et-Loir). De leur côté les francs-tireurs du colonel Cathelineau surveillent la zone allant de Vibraye (Sarthe) à Châteaudun.

Le mouvement sur Vendôme venait d’échouer. Les troupes du général de Jouffroy sont réparties depuis Epuisay jusqu’aux Roches-l’Evêque, où se trouve le 45ème Régiment de Marche. Les éclaireurs algériens sont à Villavard et Montoire. Le 3ème Régiment de cavalerie mixte occupe Trôo. Les Prussiens poussent des reconnaissances jusqu’à Villiers, Azé et Espéreuse. Le général de Curten, en position à Château-Renault d’où il peut appuyer de Jouffroy tout en surveillant la vallée de la Loire et couvrant la voie ferrée de Tours au Mans, repousse un détachement ennemi à Longpré.

Il fait moins neuf degrés à Vendôme. Depuis la matinée, de nouvelles troupes prussiennes arrivent sans cesse durant toute la journée par la route du Temple. Les réquisitions de bétails et de fourrage se poursuivent. L’espoir de voir les Prussiens évacuer la ville s’est effacé. Les Prussiens prennent des otages à Varennes et à Courtiras.

Lundi 2 janvier 1871
Les forts de Rosny et de Noisy continuent d’être bombardés ainsi que celui de Nogent-sur-Marne qui reçoit six cents obus dans la journée.

A l’Armée du Nord , le général Faidherbe prépare une offensive pour délivrer Péronne. Les premiers combats victorieux s’engagent à Béhagnies et Achiet-le-Grand (Pas-de-Calais). Les Allemands évacuent tous les points attaqués par les Français. L’Armée de Bourbaki, devenue Armée de l’Est, devait disposer de cent vingt mille hommes et quatre cents canons ; mais  le 15ème Corps qui protège Bourges (Cher) n’a pas encore rejoint. Cela lui fait défaut comme la Division Cremer retardée par l’occupation de Dijon. Bourbaki  décide malgré tout de marcher sur Vesoul pour couper les communications de l’ennemi avec Belfort assiégée à l’aide des  18ème, 20ème et 24ème Corps, ce dernier commandé par le général Bressolles en provenance de Lyon où il était en formation. Un détachement de Uhlans se heurte à Abbévillers (Doubs) au corps franc des Vengeurs de la mort. Après deux heures de lutte, les francs-tireurs, se croyant cernés, se retirent pour certains en Suisse et pour d’autres sur Besançon.

Devant l’arrivée de l’Armée de l’Est sur Chagny et Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) , le général allemand von Werder quitte Dijon pour se replier sur Vesoul en rappelant les troupes opérant autour de Langres (Haute-Marne), afin de couvrir les troupes allemandes qui assiègent Belfort.

L’escarmouche de Briare fait craindre au chef d’Etat-Major à Versailles, M. de Moltke, qu’un mouvement commun des 1ère et 2ème Armées de la Loire menace Paris. Il décide d’attaquer à partir du six janvier l’armée la plus proche, celle de Chanzy réfugiée autour du Mans. Il donne l’ordre au XIII° Corps de se porter sur Brou (Eure-et-Loir), au IX° Corps de se positionner sur Morée (Loir-et-Cher), au III° Corps de marcher sur Vendôme et Azé, au X° Corps d’avancer sur Montoire. Il prévoit que le neuf janvier les différents Corps de la II° Armée sous les ordres de Frédéric Charles devront être en position de la manière suivante : le XIII° à Saint-Mars-la-Bruyères, le III° à Ardenay, le IX° à Bouloire et le X° à Parigné-l’Evêque (Sarthe).

Jouffroy lance une petite offensive sur Courtiras et réoccupe Villiers. Quatre-vingts cuirassiers allemands effectuent une reconnaissance jusqu’à Saint-Rimay. Les cavaliers kabyles du colonel Goursaud vont à leur rencontre, mais arrivent après leur départ. La cavalerie de Curten refoule une reconnaissance prussienne à Lancé (Loir-et-Cher) et fait dix-huit prisonniers dont un officier.

Cinq habitants de Lancé (Loir-et-Cher)  dont le maire M. Renou-Ménier sont emmenés prisonniers ainsi que quatre autres à Varennes. A Vendôme, les Prussiens font douze otages à Montrieux pour se venger des habitants de Naveil qui ont tiré sur un groupe de Uhlans. Les Vendômois souffrent non seulement des circonstances de la guerre mais aussi du froid, du manque de vivres et de la petite vérole. Cinq boulangers sont désignés pour cuire du pain exclusivement pour les habitants.

Mardi 3 janvier 1871
Au siège de Paris, le bombardement des forts de l’Est reprend dès le matin. Une reconnaissance a lieu  en avant de Groslay (Val-d’Oise) qui ramène quelques prisonniers. Un soldat d’infanterie de marine qui cherche à passer à l’ennemi est arrêté, jugé en cours martiale et fusillé immédiatement.

L’Armée du Nord de Faidherbe remporte une victoire à Bapaume (Pas-de-Calais), mais les pertes sont sensibles : cent quatorze tués, mille cent trente-six blessés et huit cents disparus, ce qui interrompt sa marche en avant. Le général donne l’ordre de battre en retraite sur Boisleux-au-Mont (Pas-de-Calais).

Un 25ème Corps d’Armée est en formation à Bourges sous les ordres du général Pourcet. Ses premiers éléments commencent à agir. Des détachements sous les ordres du général de Pointe de Gévigny et du capitaine de vaisseau du Temple harcellent les moyens de communication ennemis entre Paris et Dijon.

Les pillages de caves et de maisons reprennent aussi bien à Vendôme  que dans les villages environnants. Le maire, M. Moisson est toujours emprisonné. A Montoire, le Loir est complétement gelé et on marche dessus sans problème.

Mercredi 4 janvier 1871
Les Prussiens poursuivent leurs bombardements sur la région parisienne avec de nouveau objectifs tels que Bondy et Montreuil. Le Fort de Nogent a reçu  mille deux cent obus dans la journée.  Dans l’Eure, les forces du général prussien von Bentheim  repoussent les troupes du général Roy. Bourbaki installe son quartier général à Besançon. A Bourgtheroulde (Eure) de violents combats opposent des moblots de l’Ardèche et des Landes à d’importantes troupes allemandes.

Dans l’embouchure de la Gironde, une corvette prussienne coule deux navires français transportant du pain, du blé et de la farine pour l’armée française.

Des soldats du génie installent la 21ème batterie du 19ème Régiment d’Artillerie sur le coteau de la Pointe à Montoire. Des gardes nationaux en sentinelles avancées garnissent les flancs de colline qui dominent la vallée du Loir. Toutes les maisons et les fermes sont occupées par des soldats. C’est jour de foire à Montoire, peu de personnes s’y sont rendues. Le 70ème Mobile du Lot refoule un détachement prussien depuis les Hauts-de-Montrieux jusqu’à Vendôme.

Jeudi 5 janvier 1871
Les forts du sud et de la rive gauche de Paris sont bombardés tandis que les forts de l’est continuent de subir un déluge d’obus. L’ennemi ne se contente plus de tirer sur les forts, il vise les maisons à l’intérieur de Paris ; c’est le cas du quartier Saint-Jacques. On compte trois cent quatre-vingt-quinze morts et deux cents immeubles détruits. Le chemin de fer de ceinture suspend entièrement son service.

Bourbaki décide de se porter sur Villersexel pour se placer entre le XIV° Corps allemand et Belfort. M. de Moltke se résout à former une nouvelle armée, l’Armée du Sud, avec les II°°, VII° et XIV° Corps allemands et en envoyant des renforts par le train depuis Paris et le nord. Il confie cette nouvelle armée au général Edwin von Manteuffel, qui va quitter la Somme. L’objectif est  de contrer Bourbaki.

Un détachement du XIII° Corps prussien qui marche sur Nogent-le-Rotrou est arrêté dans sa progression à La Fourche par les forces du général Rousseau. Jouffroy, installé à la Montellière à Lunay, pense que l’ennemi cherche à se porter sur les troupes du général de Curten, aussi il refoule les avant-postes prussiens devant Vendôme et les déloge de la forêt. Dans la nuit, des éclaireurs s’avancent sur Bel-Air et Pezou.

Vendredi 6 janvier
Le bombardement de Paris dure de jour et de nuit. Son intensité varie d’un coup toutes les deux minutes à trois coups par minute. Des obus tombent surs les quartiers des Gobelins, des Ursulines, sur le jardin du Luxembourg, sur le cimetière Montparnasse et le boulevard Saint-Michel.

Comme les bourgeois de Paris et le gouvernement en place dans la capitale souhaitent que la ville se rende, le Comité des Vingt Arrondissements rédige une proclamation qui réclame une attaque en masse contre les Allemands, la réquisition générale, le rationnement gratuit, la punition des traitres, l’éducation pour tous, l’outil à l’ouvrier, la terre aux paysans et le gouvernement du Peuple. Les rédacteurs sont Gustave Tridon, Edouard Vaillant, Emile Leverdays et Jules Vallès. Il s’agit de la proclamation d’un contre-gouvernement qui est signée par cent quarante délégués.

Les trois Corps de l’Armée de l’Est se mettent en marche sur Villersexel ; le 18ème occupe l’aile gauche depuis Auxonne (Côte-d’Or) ; le 20ème est au centre en partant de Dampierre-sur-le-Doubs (Doubs) ; le 24ème en venant de Besançon.

C’est au bout d’un combat jusqu’à deux heures de l’après-midi que le XIII° Corps prussien réussit à déloger de La Fourche les troupes du général Rousseau pour s’y établir à la nuit. En même temps, une division de cavalerie allemande est stoppée à Thiron-Gardais (Eure-et-Loir) par les mobiles de la Corrèze. A Rémalard-en-Perche (Orne), les francs-tireurs de Lipowski refoulent jusqu’à la Fontaine-Bouvet  (Orne) une autre division de cavalerie.

De Jouffroy, fort de ses succès des derniers jours, lance son attaque sur la ligne allemande, Il avance facilement pensant n’avoir affaire qu’à des reconnaissances ennemies. Mais le III° Corps prussien vient d’arriver en renfort à Vendôme et refoule les Français jusqu’au ruisseau d’Azé. Sur Villiers et Mazangé, ce sont encore des renforts ennemis qui forcent les troupes de Jouffroy à se replier sur Lunay. Curten attaque à Villeporcher et Villethiou (Loir-et-Cher), repousse les Prussiens jusqu’à Prunay-Cassereau, Ambloy et Huisseau-en-Beauce (Loir-et-Cher) et occupe Saint-Amand-de-Vendôme. Les Prussiens perdent une centaine d’hommes selon Chanzy et trente et un selon les Allemands.

A Montoire, dès six heures du matin, les cavaliers algériens sont à cheval sur la place et stationnent toute la matinée ce qui intrigue les habitants. Les Prussiens sont signalés sur Sasnières et Lavardin. A l’exception d’une arrière-garde, les éclaireurs algériens se retirent sur Trôo vers midi. Le canon se fait entendre du côté des Roches. Des soldats allemands apparaissent sur le coteau de Villavard. Sur la route de Vendôme s’approche une colonne ennemie qui dispose une batterie à Planche-Brau. La batterie française ouvre le feu et le commandant Lefèvre qui la dirige donne l’ordre de brûler la partie en bois du pont des Roches. Les Prussiens installent deux autres batteries, l’une sur le coteau de Villavard, l’autre vers le cimetière de Lavardin. Ils essaient  de prendre les Roches en franchissant depuis la rive gauche le Loir qui était gelé, mais ne réussissent pas à approcher à moins de deux mille deux cent mètres. La bataille se prolonge jusqu’à quatre heures du soir et ne se limite pas au coteau des Roches ; elle s’étend en direction de Vendôme. Il y a des blessés et des morts des deux côtés, parmi ces derniers un jeune officier originaire d’Authon (Loir-et-Cher), le sous-lieutenant Timoléon de La Taille.

Alors que l’arrière-garde algérienne et un détachement de Chasseurs quittent Montoire, les   habitants entendent les détonations et s’attendent à voir arriver les Prussiens. Une partie de la population, surtout les hommes craignant d’être pris en otages, s’enfuit. Une centaine de fantassins prussiens pénètrent dans Montoire et cherchent à contourner les défenseurs des Roches. Après avoir tenu en échec pendant plusieurs heures l’attaque allemande, l’ennemi devenant à chaque instant plus nombreux, et pour éviter d’être pris à revers, l’artillerie française bat en retraite  et gagne la route de Montoire à Savigny et l’infanterie s’engage par Lunay pour aller jusqu’à la Belle Etoile. L’ensemble de la Division Jouffroy recule en direction de Château-du-Loir et du Mans (Sarthe).

A Montoire, le gros des troupes prussiennes commence à arriver jusqu’à une grande partie de la nuit. Des formations d’artillerie avec fourgons et voitures, avec des charriots de toutes sortes, des ambulances et du matériel de ponts  envahissent la place et les rues. Ce sont près de quinze mille hommes qui investissent la ville. A Villavard, un habitant perd la tête et menace de tuer un officier prussien. Ce dernier tue le malheureux.

Samedi 7 janvier 1871
La proclamation des vingt arrondissements est placardée dans Paris sur une affiche rouge. Le général von Goeben remplace le général Edwin von Manteuffel la tête de la 1ère Armée prussienne dans le nord. Ce dernier prend le commandement de l’Armée du Sud, nouvelle unité créée et chargée de combattre l’Armée de l’Est française.

En début d’après-midi, le Grand-Duc de Mecklembourg, commandant le XIII° Corps prussien, occupe la ville de Nogent-le-Rotrou et lance un détachement à la poursuite des troupes du général Rousseau. Cette avant-garde se heurte au Theil (Orne) aux avant-postes français. Menacé d’être contourné, le général français se replie sur la Ferté-Bernard, puis Connerré où il peut regrouper ses troupes. Les III° et IX° Corps prussiens ralentissent leur marche pour donner du temps aux X° Corps de se débarrasser de la colonne Curten. Une brigade de cavalerie  allemande essaye vainement de déloger des avant-postes de Jouffroy placés au sud de Savigny-sur-Braye. Le soir, la II° Armée allemande de Frédéric Charles s’étend sur  soixante-quinze kilomètres de front depuis Nogent-le-Rotrou jusqu’à Saint-Amand de Vendôme avec le XIII° Corps à Nogent le-Rotrou, le III° au sud de Sargé-sur-Braye, le IX° à Epuisay et le X° à Montoire et Saint-Amand.

Les Allemands cantonnent à Villiers et y enterrent leurs morts. Ils enferment vingt-deux prisonniers français dans l’église les laissant sans vivres si bien qu’ils sont obligés de boire l’eau du bénitier. Une habitante, Madame Gillard, les fait sortir par une porte dérobée et leur fournit des habits civils afin qu’ils se dispersent dans le voisinage.

Dans la matinée, une brigade prussienne réoccupe Saint-Amand-de-Vendôme que Curten néglige de défendre et se porte sur Villechauve (Loir-et-Cher) où elle se heurte dans le brouillard aux troupes de ce dernier qui soutiennent le choc et se maintiennent dans leurs positions jusqu’à la nuit tombante.

Au matin, l’infanterie prussienne quitte Montoire en direction de Trôo. De nouvelles troupes ne tardent pas à les remplacer. Un gros détachement d’artillerie s’installe au quartier de  la cavalerie. Toute la journée un mouvement continuel d’arrivées et de départs a lieu. Les soldats allemands commencent leur pillage dans la ville et dans tous les villages environnants. Ils défoncent les portes des maisons inoccupées, brisent les meubles et vident les caves. Des milliers de soldats arrivent de différentes directions.

Dimanche 8 janvier 1871
Le général von Werder donne l’ordre à ses troupes de se porter sur Villersexel (Haute-Saône) depuis Vesoul.

Chanzy envoie l’amiral Jauréguiberry à Château-du-Loir (Sarthe) pour prendre le commandement supérieur des trois Divisions Barry, Jouffroy et de Curten et coordonner leurs mouvements. Le XIII° Corps prussien avance lentement jusqu’à La Ferté-Bernard où il installe ses avant-postes. Le III° Corps atteint Ecorpain (Sarthe) et le IX° Saint-Calais. La XIV° Brigade de cavalerie allemande, servant de liaison entre le X° et IX° Corps, se heurte près de Vancé (Sarthe) aux cavaleries des Cuirassiers du 3ème de Marche et des éclaireurs algériens chargées de protéger la retraite de la colonne Jouffroy.  La charge des Kabyles dégage l’aile droite de la colonne lui permettant de poursuivre sa retraite. On compte une centaine de morts et blessés parmi les éclaireurs algériens. Un engagement a lieu à Bellême (Orne) entre l’arrière-garde du général Rousseau et la IV° Division de cavalerie du XIII° Corps prussien.

Les troupes du général Barry, fortes d’environ douze mille hommes, tiennent les ponts du Loir entre Pont-de-Braye et Château-du-Loir. Elles sont en réserve dont la mission est d’appuyer les colonnes de Jouffroy et de Curten et de protéger la ligne de chemin de fer Le Mans-Tours. Barry décide de replier ses avant-postes sur Poncé et Ruillé défendus par le 8ème Mobile de la Charente-Inférieure. Il envoie deux bataillons sur Montrouveau (Loir-et-Cher) pour empêcher l’ennemi de contourner la colonne de Curten. Le X° Corps prussien enlève Ruillé, La Chartre sur-le-Loir et Lhomme tandis que les troupes de Barry se replient sur Château-du-Loir. Le général Voigts-Rhetz, commandant du X° Corps, détache une Brigade entre la Chartre et Saint-Amand où est toujours présente une autre de ses brigades. Cette dernière repousse depuis Villeporcher l’arrière-garde du général de Curten qui, sans nouvelles des autres colonnes françaises, a décidé de battre en retraite sur Château-la-Vallière (Indre-et-Loire), se coupant ainsi de tout lien avec l’Armée de la Loire.

Le prince Frédéric Charles quitte Vendôme. Pour libérer le maire, les Allemands exigent la livraison de cinq cents paires de bottes. Dans l’impossibilité de les fournir, il est convenu de verser cinq mille francs et il est libéré en fin de matinée. Les boulangers n’arrivent plus suffisamment  à procurer du pain à la population ainsi qu’aux nombreux prisonniers français. M. Gervais Launay, faisant fonction d’administrateur à la place du maire, se charge d’établir de nouveaux fours.

A Montoire, il n’y a plus de pain pour les habitants, toute le production des boulangers est réservée aux Allemands. La cave de M. Malardier, juge de paix, est pillée par deux fois dans la journée. Comme à Vendôme, les soldats allemands sont logés chez l’habitant.

Lundi 9 janvier 1871
Bourbaki engage le combat dans la matinée face aux troupes de von Werder. La lutte est acharnée, mais aussi indécise et se concentre principalement sur la ville. On se bat de maisons à maisons jusqu’après minuit. Puis les Allemands se décident de s’éloigner et de se retirer sur Héricourt. On compte environ six cents hommes hors de combat des deux côtés.

La II° Armée de Frédéric Charles reprend sa progression par trois principales voies : la vallée de l’Huisne, la route de Saint-Calais et la route du Grand-Lucé. Alors qu’il neige, l’artillerie et la cavalerie doivent mettre pied à terre pour avancer. Le XIII° Corps prussien marche sur Connerré avec une de ses divisions qui depuis Bellême (Orne) se dirige sur Bonnétable (Sarthe). Le III° Corps prussien avance en trois colonnes sur Parigné-l’Evêque, Ardenay-sur-Mérize et Montfort-le-Gesnois (Sarthe).

L’Armée de la Loire est épuisée ; ses soldats, mal équipés, mal nourris et fatigués, combattent dans la boue et dans la neige ; ils n’offrent pas assez de résistance pour soutenir des combats prolongés.  La colonne de Jouffroy est attaquée à Brives (Sarthe) et celle de Barry à Chahaignes.  Chanzy prescrit au général de Colomb, commandant le 17ème Corps, d’envoyer sur Ardenay-sur-Mérize la Division du général Paris. Ce dernier s’engage immédiatement avec l’ennemi qui l’oblige dans la nuit à se retirer du plateau d’Auvours. La colonne Rousseau poursuit sa retraite sur Montfort-le-Gesnois. L’arrière-garde de Curten est battue à Château-Renault par la I° Division de cavalerie prussienne du lieutenant-général von Harmann et la XXXVIII° Brigade d’infanterie allemande.

Cinq cents prisonniers français quittent Vendôme sous la neige. De nombreux convois en provenance de Blois se dirigent sur Montoire et Savigny-sur-Braye. Trois cents prisonniers qui arrivent de La Chartre-sur-le-Loir et Ruillé-sur-Loir réclament à manger et à boire n’ayant pas été nourris depuis deux jours.

Mardi 10 janvier 1871
La ville de Péronne (Somme) capitule. Après sa victoire à Villersexel, Bourbaki temporise attendant le ravitaillement pour ses troupes. Au siège de Paris, le fort d’Issy est violemment bombardé. Plus de trois cents obus ont atteint les quartiers Saint-Victor, le Jardin des Plantes, le Val-de-Grâce, l’Ecole militaire, les hôpitaux  de la Pitié et de Sainte-Pélagie. En deux heures, cinquante obus sont  tombés autour du Panthéon.

La Division Jouffroy se replie sur Le Mans par la forêt de Bercé, Jupilles et Brette-les-Pins et vient renforcer la Division Deplanque à Parigné-l’Evêque. Cela s’avère insuffisant, car elles cèdent devant les forces supérieures du III° Corps prussien qui se heurte à Changé aux troupes du général Roquebrune. La Division de Bretagne du général Gougeard attaque l’ennemi au plateau d’Auvours et s’y maintient jusqu’au soir, puis dans la nuit il se retire sur Yvré-l’Evêque. Au soir, la colonne  Jouffroy se réfugie à Pontlieu ; Barry est à Ecommoy avec l’ordre de gagner Mulsanne et Arnage. Les colonnes de Curten et Cléret doivent la première se porter sur la Suze (Sarthe) et la deuxième sur la Vallée de la Loire. Le 21ème Corps du général Jaurès  dont fait partie la Division Rousseau est en position sur une ligne qui va de la rive droite de l’Huisne au cours de la Sarthe. Six Bataillons d’Ille-et-Vilaine du camp de Conlie sont envoyés au Mans sans savoir charger un fusil et n’ayant même pas de munitions pour certains soldats.

Le III° Corps prussien a pris Parigné-l’Evêque face au 75ème Mobile du Loir-et-Cher dont la huitième compagnie ne comporte plus qu’une soixantaine de soldats. Le IX° corps prussien est sur Bouloire (Sarthe) et le X° au Grand-Lucé. Le XIII° Corps prussien occupe Connerré et la IV° Division de cavalerie arrive à Bonnétable. La I° Division de Cavalerie allemande et la XXXXVIII° brigade d’infanterie sont toujours à Château-Renault. Le duc Guillaume de Mecklembourg, (ne pas confondre avec le Grand-Duc) commandant la XV° Brigade de cavalerie allemande, établit son commandement au château du Fresne à Authon (Loir-et-Cher).

Des fils télégraphiques ayant été coupés, la ville de Vendôme est condamnée à verser vingt mille francs. Un nouveau groupe de deux cents prisonniers français arrive en ville.

Montoire est occupée par la XV° Brigade de cavalerie prussienne. Le village de Villavard est dévasté.  De nombreuses maisons ont été abandonnées par leurs habitants et sont pillées. Le soir un convoi d’intendance de deux cents voitures s’arrête et installe un bivouac pour le prince Frédéric Charles qui passe la nuit à Villavard.

Mercredi 11 janvier 1871
L’intérieur de Paris continue d’être bombardé. Les obus atteignent les quartiers de la Sorbonne, du Panthéon, de la rue Mouffetard , du Jardin des plantes, de Saint-Sulpice, des Invalides, de Grenelle et de Vaugirard. Pour contrecarrer l’offensive de Bourbaki, le général von Werder installe ses troupes le long de la rivière la Lizaine. Faidherbe reprend l’offensive  vers Bucquoy et Bapaume (Pas-de-Calais).

Au Mans, le 21ème Corps du général Jaurès résiste à l’offensive du XIII° Corps prussien. Au centre du dispositif allant de Champagné à Yvré-l’Evêque, sur le plateau d’Auvours, le 17ème Corps du général de Colomb se fait déloger par le IX° Corps prussien. Mais le général Gougeard réoccupe le plateau en fin de journée. Le III° Corps prussien avance avec difficultés jusqu’à Changé. Chanzy décide de soutenir une nouvelle bataille le lendemain quand il apprend que le X° Corps allemand vient d’enlever la position de La Tuilerie défendue par les troupes inexpérimentées et mal équipées du général Lalande en provenance du camp de Conlie. Cette perte ouvrait la voie au faubourg de Pontlieue et menaçait la ville du Mans. Chanzy ordonne à Jauréguiberry de reprendre cette position. Ce dernier n’arrive pas à rassembler les troupes débandées et préconise de battre en retraite.

On annonce l’arrivée de deux mille prisonniers à Vendôme. Le prince Frédéric Charles quitte Villavard et Montoire. Il neige depuis trois jours et les routes sont pratiquement impraticables. Malgré tout, il ne reste en ville qu’une soixantaine d’Allemands au soir qui gardent des voitures.

Jeudi 12 janvier 1871
Le bombardement de Paris se poursuit avec des suspensions et des reprises. Un décret de réquisitions  de blés et de farines sur le département de la Seine et sa banlieue est publié. Il est interdit aux boulangers de fabriquer et de vendre du pain de luxe. Chaque arrondissement doit conserver un cheval pour mille habitants.

Edwin von Manteuffel arrive à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or). Il prend le commandement de l’Armée du Sud) et décide de marcher sur Besançon (Doubs).

Chanzy organise la retraite qui doit s’effectuer en quatre jours, à raison de quinze kilomètres par jour.  Le 21ème Corps se dirige sur Alençon en suivant le cours de la Sarthe ; le 17ème Corps prend la route de Domfront-en-Champagne et Fresnay-sur-Sarthe ; le 16ème Corps manœuvre par Conlie et Sillé-le-Guillaume en direction de Pré-en-Pail (Mayenne). Chanzy a choisi l’axe Pré-en-Pail Alençon pour ne pas s’éloigner trop de Paris, car il espère toujours aller délivrer la capitale par Dreux et Evreux. La sortie du Mans se réalise avec quelques encombrements. Les ponts ayant été mal détruits, les arrière-gardes des 16ème et 17ème Corps s’affrontent aux Prussiens dans des combats de rue. Le 21ème Corps est poursuivi par le XIII° Corps prussien. En soirée, Chanzy qui se trouve à Domfront-en-Champagne reçoit l’ordre du gouvernement de Bordeaux d’arrêter sa marche sur Alençon et de bifurquer sur la Mayenne au nord et au sud de Laval. Le bilan des trois jours de bataille au Mans est lourd pour les Français : six mille tués ou blessés et vingt mille prisonniers ou déserteurs pour trois mille quatre cents hommes hors de combat pour les Prussiens.

Parmi les prisonniers arrivés à Vendôme figurent des moblots du Loir-et-Cher. Derrière l’armée prussienne, circulent des pillards en diligence qui ramassent tout ce que les soldats n’emmènent pas. A Montoire, ce sont environs quarante mille soldats ennemis qui ont traversé la ville ces derniers jours . Les scènes de pillage se poursuivent principalement dans les maisons abandonnées par leurs habitants. Une querelle se produit à Lavardin entre un traînard prussien et un habitant au sujet d’un vol de pain et d’une tentative de vente d’une vache. Le Prussien est blessé par un coup de baïonnette.

Vendredi 13 janvier 1871
A Paris, les bombardements s’étendent à la rue Monge, à Saint-Sulpice et à la rue de Varennes. Des établissements publics sont atteints comme l’hôpital de Lourcine et l’Institution des Jeunes Aveugles. L’Armée de l’Est de Bourbaki repousse les avant-gardes de von Werder à Arcey (Doubs). Faidherbe poursuit sa marche vers la Somme.

Chanzy donne l’ordre de changer de direction. Le 16ème Corps qui se trouve à Chaufour-Notre-Dame prend directement la  route du Mans à Laval ; le 17ème se porte de Conlie vers Sillé-le-Guillaume (Sarthe) ; formant l’arrière garde du 17ème , le 21ème se rend de Beaumont-sur-Sarthe à Sillé-le-Guillaume. Au cours de leur passage à Conlie, les moblots bretons, ceux qui avaient abandonné leurs postes à la Tuilerie, pillent les approvisionnements du camp.

Le marché vient de rouvrir à Vendôme et la plupart des marchands n’acceptent pas les paiements en monnaie allemande. Mille deux cents prisonniers sont dirigés sur Blois avec une faible escorte ce qui permet de faciliter les évasions. En début d’après-midi, un nouveau convoi de prisonniers traverse la ville sans pouvoir manger.  Un groupe de Uhlans est signalée à Saint-Arnoult faisant des réquisitions.

 Samedi 14 janvier 1871
A Paris, il est calculé qu’il ne reste que quinze jours de vivres. Garibaldi  établit ses troupes à Dijon et ses environs et protège les portes de la Bourgogne. Le général de Pointe de Gévigny s’empare de Gien (Loiret) et refoule l’ennemi sur Montargis et Orléans.

Le prince Frédéric Charles donne l’ordre au XIII° Corps de Mecklembourg de marcher sur Alençon (Orne). A Beaumont-sur-Sarthe, une de ses divisions se heurte à un détachement de mobilisés de la Mayenne qui garde le pont. Dès le premier engagement, les Mayennais s’enfuient laissant trois cents prisonniers.   Le 16ème Corps de l’Armée de la Loire est attaqué à Chassillé (Sarthe) par le détachement  prussien du général Schmidt. Après une honorable résistance, les troupes du général Barry se replient sur Joué-en-Charnie perdant quatre cents prisonniers, puis rétrogradent pendant la nuit sur Saint-Jean-sur-Erve.  Un détachement allemand, sous les ordres du colonel Lehmann, occupe le camp de Conlie et rafle huit mille fusils et cinq millions de cartouches.

A l’hôtel de ville de Vendôme, les réquisitions ne cessent d’augmenter. La population s’empresse de ravitailler mille prisonniers. A Montoire, les habitants ayant abandonné leurs maisons reviennent en ville. La poste ne fonctionne toujours pas. Comme la peste bovine, le virus de la petite vérole continue de se répandre.

Le village de Lavardin est cerné par un groupe de cavaliers prussiens. L’officier qui les commande exige qu’on lui livre le ou les coupables de l’agression. Comme cela n’est pas possible, il prend dix hommes en otage, et demande qu’une indemnité de 10.000 francs soit versée par le village. Ne réussissant à ne réunir que 3.000 francs, le curé, M. Lamy, est chargé d’aller négocier auprès du général ennemi. Le prêtre arrive à Authon au moment où les Prussiens s’apprêtent à fusiller un des dix prisonniers, le blessé allemand ayant cru reconnaître son agresseur. Le général réduit l’indemnité à 4.200 francs et accorde un délai jusqu’au lendemain.

Dimanche 15 janvier 1871
La canonnade des Allemands sur Paris est de plus en plus violente. On compte entre cinq à six coups par minute.

A Alençon, les troupes de Mercklembourg rencontrent les francs-tireurs du colonel de Lipowski qui lui opposent une énergique résistance et obligent les Prussiens de se replier sur Bethon (Sarthe).Mais n’ayant plus de munitions d’artillerie, Lipowski décide de se retirer sur Saint-Denis par Pré-en-Pail. A Crissé près de Sillé-le-Guillaume, un bataillon des Mobiles de la Sarthe et un bataillon du 58ème de Marche refoulent un détachement du X° Corps prussien. Mais encore démoralisé et inquiet de la position du général ennemi Schmidt, le 17ème Corps préfère gagner Sainte-Suzanne (Mayenne).

Bourbaki attaque Montbéliard et s’en empare. Mais le général Clinchant temporise devant Héricourt (Haute-Saône) attendant le renfort de la Division Cremer. Gambetta informe Faidherbe que l’Armée de Paris va tenter une sortie et il lui demande d’attirer à lui le plus grand nombre de forces pour faciliter cette tentative.

A Vendôme, M. Moisson reprend sa fonction et essaye de régler les problèmes de réquisitions de fourrage et de viande. Le curé de Lavardin, n’ayant pu réunir une somme plus importante, porte les 3.000 francs au général à Château-Renault. Ce dernier accepte la somme et ordonne la libération des otages.

Lundi 16 janvier 1871
Le gouvernement annonce le rationnement du pain à Paris à partir du dix-huit janvier.

En Franche-Comté, les affrontements ont lieu sous la neige et par des températures de moins dix-huit degrés. Bourbaki ordonne une attaque générale. Ses troupes échouent face aux villages de Béthoncourt (Doubs), Bussurel (Haute-Saône) et Héricourt. Mais réussissent à prendre les villages de Chenebier et Frahier.

Frédéric Charles arrête de poursuivre l’Armée de la Loire. Le quartier général allemand fait diriger le XIII° Corps allemand sur Rouen et le nord de la France pour s’opposer  aux troupes de Faidherbe. Les premières colonnes de l’Armée de la Loire arrivent à Laval. Chanzy établit son quartier général à la préfecture. Le conseil municipal et les notables lui demandent de ne pas faire sauter les ponts et de ne pas exposer « la ville aux conséquences d’une défense ». Il leur répond que le salut de la patrie passe avant les intérêts particuliers.

C’est le dégel à Vendôme. Les habitants continuent à ravitailler les convois de prisonniers (1200 aujourd’hui). De nombreux problèmes se posent pour loger les militaires ennemis chez l’habitant. Les Allemands demandent un état des blessés français et prussiens soignés dans les ambulances.

Mardi 17 janvier 1871
La conférence européenne sur la neutralité de la mer Noire a lieu à Londres sans la participation de la France.

En Haute-Saône, les Prussiens reprennent dans le courant de la nuit  les villages de Chenebier et Frahier qui sont repossédés par les Français dans la journée. L’ennemi n’insiste pas et se retire tandis que Bourbaki décide de ne pas le poursuivre. On lui reproche son peu de combativité et son intention de délivrer Belfort a échoué. Sur les deux jours les pertes françaises sont énormes, huit mille soldats français hors de combat pour mille six cent allemands.

Afin de se réorganiser, l’Armée de la Loire, dans un état déplorable, prend position depuis Château-Gontier via Laval, Mayenne, La Ferté-Macé, Carouges, jusqu’à Argentan (Orne). En dix jours, elle a perdu plus de vingt-cinq mille hommes.

A Vendôme, les occupants réclament dix charrettes pour aller chercher des vivres à Orléans.

Mercredi 18 janvier 1871
L’Empire allemand est proclamé au château de Versailles dans la galerie des Glaces en présence de tous les princes allemands à l’exception de Louis II de Bavière. L’Empire allemand renaît au moment où disparaît l’Empire français.

Aucune offensive n’ayant été décisive, Bourbaki arrête les combats et donne l’ordre de retourner sur Besançon. Il n a pas confiance dans son Armée de l’Est, il a toujours été habitué à commander des troupes d’active bien équipées, bien entraînées et disciplinées alors qu’il a sous ses ordres une armée mal équipée, à  peine formée, indisciplinée ,ayant reçu peu d’instructions militaires qui de surcroît est mal ravitaillée et se bat dans des conditions atmosphériques exécrables. Le 22ème Corps de Faidherbe engage un combat à Tertry (Somme) tandis que le 23ème Corps atteint Saint-Quentin (Aisne).

Une reconnaissance prussienne du général Schmidt, dépêchée sur Montsûrs (Mayenne), s’oppose à Sainte-Mélanie au 88ème Régiment de Marche qui la repousse vers la route du Mans. Il s’agit du dernier engagement sérieux de l’Armée de la Loire.

Un contingent de mille quatre cent soldats prussiens arrive à Vendôme. Le conseil municipal s’organise en commissions pour traiter les exigences de l’ennemi.

Jeudi 19 janvier 1871
En banlieue parisienne, le général Trochu, gouverneur de Paris, ordonne une attaque sur Versailles. Quatre-vingt-dix mille soldats sont rassemblés sous la conduite du général Vinoy. Ce dernier prend la redoute de Montretout, puis occupe Garches et Saint-Cloud. Le général Bellemare s’introduit dans le parc de Buzenval . Les Prussiens, surpris par la soudaineté de l’attaque cèdent leurs positions après des combats obstinés.  Mais les troupes de ligne françaises et la garde nationale n’arrivent plus à gagner du terrain et Trochu ordonne la retraite. Faidherbe est battu à Saint-Quentin (Aisne) ; mais grâce à sa résistance, cette défaite empêche les Allemands d’occuper les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Von Goeben néglige de se lancer à la poursuite des deux Corps d’Armée qui se replient dans la nuit sur Cambrai.

Le détachement du X° Corps prussien du général Hartmann qui était sur Château-Renault pénètre à Tours sans rencontrer de résistance après avoir détruit les ponts en aval de Tours et le pont de chemin de fer de Montlouis.

A la demande de Chanzy, Gambetta arrive à Laval pour aider à la réorganisation des troupes de l’Ouest. Il annonce la prise de commandement de MM. de Charrette et de Cathelineau, nommés généraux à titre auxiliaire, des troupes chargées d’interdire l’accès à l’ennemi de la Bretagne et de l’ouest. Chacun recevra quinze mille hommes mobilisés qui seront réunis à leurs volontaires.

Le Conseil municipal de Vendôme vote un emprunt de quarante mille francs pour faire face aux exigences de l’ennemi.

Vendredi 20 janvier 1871
Trois cent cinquante Mobiles de la Loire-Inférieure, oubliés dans la retraite d’hier à Buzenval, résistent face à sept mille Prussiens, puis à court de munitions, ils doivent se rendre. Le gouvernement dont Trochu et Favre, réunissent les maires d’arrondissements pour envisager un armistice  et mettre fin au siège de Paris. Tous les maires rejettent cette proposition.

Jour de marché à Vendôme, les cultivateurs des environs apportent des provisions.

Samedi 21 janvier 1871
La chambre des députés de la Bavière approuve les accords concernant l’établissement de l’Empire allemand.

Dès le matin, les Allemands bombardent la ville de Saint-Denis. Sur ordre du général Trochu, le général Ducrot exécute une nouvelle tentative de sortie avec dix mille hommes pour conquérir La Malmaison, La Jonchère et Buzenval. Cet assaut est couronné de succès, mais faute de troupes suffisantes, il ne permet pas de libérer la route de Versailles. Trochu ordonne la retraite et démissionne de sa fonction de Commandant en chef militaire ; toutefois il reste Président du Gouvernement provisoire. A la tête de l’Armée de Paris, il est remplacé par le général Vinoy. Le général Le Flo devient gouverneur de Paris. Suite à la retraite de Buzenval, des délégués de la garde nationale de Paris décident d’organiser le lendemain une manifestation, place de l’Hôtel de Ville.

Garibaldi est attaqué à Dijon par quatre mille Prussiens sous les ordres du général von Kettler chargé de protéger la marche de l’Armée de von  Manteuffel. Le principal combat à lieu à Fontaine-les-Dijon sous la neige où les mobilisés de Saône-et-Loire, de l’Aveyron, de l’Isère et des Alpes-Maritimes forcent les Prussiens à se replier. Les troupes de Manteuffel occupent Dole.

Gambetta quitte Laval pour se rendre à Lille via Saint-Malo.

Un convoi de mille deux cents prisonniers arrive à Vendôme. L’un d’eux s’évade provoquant l’arrestation du charron Lecomte. L’épidémie de petite vérole augmente de jours en jours. La taxe sur le pain est rétablie.

Dimanche 22 janvier 1871
Jules Favre est délégué en tant que ministre des Affaires étrangères auprès de Bismarck. Le gouvernement annonce que la Commission de l’alimentation s’est trompée et qu’il n’y a plus de farine en stock et donc plus de pain. La foule est rassemblée place de l’Hôtel de Ville ; un coup de feu est tiré, le général Vinoy réplique en donnant l’ordre aux gardes mobiles de tirer sur la manifestation. Il y a cinq morts. Cet événement est la prémisse de l’insurrection  de la Commune.

Un groupe de francs-tireurs détruit un pont à Fontenoy-sur-Moselle coupant la voie ferrée Paris Strasbourg utilisée par les Allemands pour leurs approvisionnements en vivres, en munitions et en matériel.

Gambetta donne l’ordre au général Pourcet d’envoyer une de ses divisions sur Clamecy et Nevers (Nièvre) sous les ordres du capitaine de vaisseau Bruat.

Les prisonniers de la veille quittent Vendôme et le charron Lecomte est délivré. A la demande des boulangers, le conseil municipal décide d’augmenter le prix du pain. Nouvelle arrivée de prisonniers.

Lundi 23 janvier 1871
Favre, ministre des Affaires étrangères, charge Hérisson de porter à Versailles une dépêche  pour Bismarck afin de négocier un armistice. Ce dernier l’invite à venir à Versailles dès le soir.

Le 61ème Régiment poméranien échoue dans son attaque sur Dijon défendue par l’Armée des Vosges de Garibaldi qui les empêche d’avancer vers le sud de la France.

Les prisonniers s’en vont et beaucoup d’entre eux s’évadent. La municipalité demande aux Vendômois de fermer leurs portes à leur passage, car cela facilite les évasions. Un médecin anglais propose d’établir une ambulance supplémentaire. Les nouvelles des différentes armées de province ainsi que les bombardements de Paris inquiètent la population. La sous-préfecture est transformée en ambulance.

Mardi 24 janvier 1871
Favre est reçu à Versailles par Bismarck. Ce dernier refuse de négocier avec un gouvernement révolutionnaire et exige le désarmement de Paris qui doit verser un tribut de deux cents millions de francs. Favre obtient le maintien dans Paris  d’une Division militaire de la Garde nationale et que les Allemands n’occupent pas la capitale. L’armistice ne s’applique pas aux armées de l’est sur Belfort, le Doubs, le Jura et la Côte -d’Or.

Quatre-vingt cuirassiers blancs viennent prendre les blessés prussiens soignés à l’hospice de Montoire ainsi que six soldats français convalescents.

Mercredi 25 janvier 1871
Le Gouvernement de Défense nationale donne son accord sur les conditions de l’armistice. La ville de Longwy capitule.

L’Armée de l’Est commence sa retraite vers Pontarlier. Dans la région de Vendôme, d’importantes troupes et convois ennemis convergent toujours vers Le Mans.

Jeudi 26 janvier 1871
Un armistice de vingt-et-un jours, sauf pour les armées de l’Est, est signé à Versailles. Le cessez-le-feu doit intervenir le vingt-six à minuit.  Bourbaki tente de se suicider à Besançon. Le général Clinchant lui succède à la tête de l’Armée de l’Est qui poursuit sa retraite sur Pontarlier.

A Vendôme, huit à neuf cents prisonniers français arrivent quotidiennement, aujourd’hui parmi eux deux à trois soldats du Tertre près de Montoire. Des troupes allemandes conséquentes remontent du Mans vers Orléans, Gien et Montargis (Loiret).  Un sous-officier français, parlant allemand s’est mis à la disposition de la municipalité pour régler les problèmes de billets de logement. Les réquisitions seront payées par les Allemands à condition que les approvisionnements demandés soient respectés et fournis au quartier. La rumeur circule qu’un armistice a été conclu à Paris. Près de vingt-cinq mille Prussiens  venant du Mans transitent par Epuisay, Busloup, Binas, et Beaugency pour se rendre à Orléans. L’état-major allemand craint les mouvements du 25ème Corps du général Pourcet qui laisse une de ses divisions à Vierzon (Cher) et marche sur Romorantin (Loir-et-Cher) et Blois avec sa troisième Division.

A Montoire, les autorités allemandes invitent les  agriculteurs à porter leurs productions au marché de Vendôme.

Vendredi 27 janvier 1871
Les pourparlers qui durent depuis cinq jours n’ont pas permis de fléchir l’intransigeance de Bismarck. Toutefois une convention est signée à dix heures du soir. Elle donne aux français un délai de vingt et un jours pour leur permettre d’organiser des élections pour élire une Assemblée capable de ratifier un traité de paix. Le Grand-Duc de Mecklembourg arrive à Rouen.

Le général Pourcet occupe les villages de la rive gauche de la Loire qui couvre Blois surprenant les Allemands.

Les maires de l’arrondissement de Vendôme se réunissent pour régler les problèmes d’alimentation des chevaux. A court de ressources, l’hospice recourt à un emprunt de vingt mille francs.  La ville doit fournir dix jours de suite mille cinq cent kilos de pain, quatre pièces de vin et quatre vingt bouteilles de vin de premier choix.

Samedi 28 janvier 1871
Les Allemands prennent possession des forts entourant Paris. Parce que la ville de Blois a refusé de payer cinquante francs par tête d’habitants, M. Chavigny, marchand de bois et membre du conseil municipal est pris en otage et transporté à Orléans. Le service de la poste a repris à Vendôme. Chaque jour un état numérique des troupes prussiennes est fourni à la municipalité. Ce jour il y a 23 officiers, 1517 soldats, 944 malades et 343 chevaux. Des nouvelles les plus contradictoires se répandent en ville.

Chanzy donne ses instructions aux 16ème , 17ème et 21ème Corps de se porter sur Evreux (Eure) pour ensuite atteindre la région parisienne et aider les défenseurs de Paris, tandis que le général Dargent, commandant le 19ème Corps couvrira la ligne de front d’Argentan à Mézidon (Calvados) pour protéger la progression de l’Armée de la Loire.

Le général Pourcet attaque Blois. Le lieutenant Villebois-Mareuil, bien que blessé, enlève le faubourg de Vienne  obligeant le bataillon hessois qui le défendait à passer sur la rive droite. Mais il est contraint de rester sur la rive gauche, les Hessois brûlant le tablier provisoire du pont et abandonnant leurs morts, leurs blessés et un grand nombre de munitions.

Dimanche 29 janvier 1871
Les conditions d’armistice sont placardées dans Paris, désarmement et occupation des forts, paiement de deux cent millions en quinze jours, tenue d’élections dans les trois semaines pour qu’une Assemblée en ratifie les termes. Gambetta télégraphie à Garibaldi pour l’informer qu’un armistice a été signé.

La délégation de Bordeaux apprend à Chanzy qu’un armistice a été conclu et qu’il doit arrêter toutes hostilités. A Blois, le général Pourcet apprend qu’un armistice a été signé ; il interrompt son entreprise victorieuse et se retire en Sologne derrière le Beuvron.

Lundi 30 janvier 1871
Le maire, M. Charles Hème, et quatre habitants de Thoré-la-Rochette sont pris en otage en représailles d’un tire contre un officier allemand.

L’Armée de la Loire est scindée en deux groupes différents ; le premier, constitué de deux divisions du 17ème Corps et des Corps de Cathelineau, Charrette et Lipowski, forme l’Armée de Bretagne sous les ordres du général de Colomb ;  le second comprend les 16ème, 19ème et 21ème Corps ainsi que le 26ème Corps du général Billot en cours de formation. Cette dernière Armée ira s’installer sur une ligne allant de Saumur (Maine-et-Loire) à Châteauroux (Indre) en passant par Loudun et Châtellerault (Vienne). Elle est commandée par Chanzy qui établira son quartier général à Poitiers (Vienne). L’ensemble de ces deux armées est composé de 4.590 officiers, 227.261 hommes et 26.797 chevaux.

Mardi 31 janvier 1871
Le chef de la délégation du gouvernement provisoire signe et publie un décret convoquant les électeurs pour le huit février. Gambetta proteste contre l’armistice : « On a signé à notre insu. »

La capitulation de Paris et l’accord d’un armistice sont affichés à Vendôme, contresignés par le maire M. Moisson. La majorité des Vendômois ne croit pas en cette nouvelle. Au mois de janvier, on compte deux cent trente-huit décès dont cent cinq civils.

Von Manteuffel attaque avec de grands moyens l’armée de Garibaldi . Ce dernier organise sa retraite vers Chagny, Macon et Chalon-sur-Saône où il apprendra qu’il a été élu député par plusieurs départements. Il laissera le commandement à son fils Menoti et gagnera Bordeaux pour siéger à l’Assemblée. De son côté, le général Clinchant, ne voulant pas se rendre à Manteuffel, décide de faire passer ses troupes en Suisse.

Mercredi 1er février 1871
L’Armée de l’Est, commandée par le général Clinchant franchit la frontière de la Suisse où elle est désarmée et internée. De son côté, Bourbaki tente de se suicider.

Des affiches apprennent aux Montoiriens que Paris a capitulé et qu’un armistice de vingt et un jour a été signé.

Vendredi 3 février 1871
Cent fantassins prussiens viennent loger à Montoire. Les habitants qui s’étaient cachés réintègrent leurs domiciles.

Samedi 4 février 1871
La mairie de Montoire reçoit l’avis officiel que les élections à l’Assemblée nationale aura lieu mercredi 8 février. Le Loir-et-Cher doit élire cinq représentants.

Lundi 6 février 1871
Gambetta jugeant les conditions de l’armistice humiliantes propose de poursuivre la guerre ; puis il  démissionne à Bordeaux. Le premier train de vivres entre dans Paris. Pour le vote, le canton de Montoire est divisé en trois circonscriptions , l’une à Montoire, une autre à Ternay et la troisième à Couture.

Mercredi 8 février 1871
Les élections donnent les résultats suivants : 675 députés élus dont 400 à tendance royaliste. Thiers très populaire est élu dans vingt-six départements. L’Assemblée réunie à Bordeaux se donne un Président en la personne de Jules Grévy, un avocat républicain. La mission principale de cette assemblée est de signer un traité avec l’Empire allemand.

Résultat du scrutin :

Union républicaine : 38 sièges

Républicains modérés : 112 sièges

Libéraux : 72 sièges

Bonapartistes : 20 sièges

Orléanistes : 214 sièges

Légitimistes : 182 sièges

Divers 37 sièges

Les élections à Montoire ont eu lieu sans incidents. Un groupe de Chasseurs de Brunswick sont logés chez l’habitant.

Dimanche 12 février 1871

L’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux en préliminaire au Grand Théâtre avec trois cents députés.

Mercredi 15 février 1871

Le maire de Montoire est prévenu que le Loir-et-Cher est taxé d’une contribution de quatre millions de francs. ; la part du canton de Montoire est de deux cent quarante-trois francs à répartir sur les communes du canton. Montoire doit y contribuer pour soixante mille francs. Les maires du canton s’entendent pour entamer des négociations qu’ils feront durer jusqu’à l’époque  de la signature du traité de paix, si bien  qu’aucun règlement ne fut versé.

Vendredi 17 février 1871

Adolphe Thiers est élu chef de l’exécutif provisoire. MM. Bozérian, Thiers, Ducoux, de Sers et Tassin sont élus représentants du Loir-et-Cher à l’Assemblée nationale.

Samedi 18 février 1871

Après cent trois jours de siège et sur ordre du gouvernement de défense nationale, le colonel Denfert-Rochereau accepte de capituler à Belfort. A la demande de Thiers et pour avoir sauver l’honneur par rapport à Sedan et Metz, la ville et ses alentours sont conservés par la France et le territoire de Belfort devient un département. L’armistice est prorogé du 19 au 24 février.

Lundi 20 février 1871

Les Montoiriens apprennent par les journaux les actes officiels concernant l’occupation allemande :

  • Adolphe Shoen est nommé préfet du Loir-et-Cher et M. Edouard Langhans, secrétaire de la préfecture
  • Les sous-préfectures sont supprimées. Les maires des chefs-lieux de canton « sont délégués pour faire exécuter, dans toutes les communes rurales de leurs cantons respectifs, les décisions de l’autorité supérieure concernant l’administration publique, la répartition des contributions et le recouvrement des impôts. Les parties du département qui, par leur situation stratégique, ne sont pas occupées par les troupes allemandes, n’en sont pas moins soumises aux contributions de guerre.
  • Le département du Loir-et-Cher est placé sous l’administration du gouvernement général du nord de la France.
  • Toutes les fois que des individus ne faisant pas partie de l’armée française causeront des dégâts sur les routes, attaqueront des troupes , etc… ces malfaiteurs passeront par un conseil de guerre, et les communes dans le district desquelles les dégâts auront été commis en seront responsables. Si une commune est condamnée à des dommages-intérêts, l’amende sera proportionnée au nombre des habitants, à leurs moyens et à la gravité du crime. »

Le gouverneur général : de Fabrice

Un préliminaire de paix est signé à Versailles par une délégation de l’Assemblée. La France cède l’Alsace et la Moselle aux Allemands et doit payer une contribution de cinq milliard de francs. Les Allemands continuent d’occuper tous les départements situés au-delà du fleuve la Seine à l’exception de Paris en attendant la signature d’un traité définitif.

Vendredi 24 févier 1871

Bismarck accorde deux jours supplémentaire au délai d’armistice.

Samedi 25 février 1871

A Vendôme, au Café du Commerce, rue du Change, un jeune homme, Gaëtan Hutpin, voulant défendre son père agressé par trois Prussiens ivres,  est tué par ces derniers.

Six régiments d’infanterie  allemands arrivant de Vendôme, deux escadrons de hussards bleus, venant de Château-Renault et un régiment d’infanterie de trois mille hommes, en provenance d’Herbault, transitent par Montoire, musique en tête et prennent la direction de Trôo. Une colonne d’artillerie venant d’Herbault reste à Montoire, loge chez l’habitant ; elle restera jusqu’au 5 mars. Parmi les troupes passant à Montoire, certaines cantonnèrent  dans les villages environnants : Trôo 800, Les Roches et Saint-Rimay 1500, le Tertre 500.

Dimanche 26 février 1871

La convention relative aux préliminaires de la paix est signée par Thiers et Favre.

Une centaine de pontonniers allemands viennent se loger particulièrement rue Ronsard à Montoire. Dans la matinée, le colonel d’artillerie exige que le pont soit rétabli pour deux heures de l’après-midi. Les trois arches étant détruites, il ne reste que les piles sur lesquelles on peut poser un tablier provisoire au-dessus du Loir. Le maire demande aux ouvriers de venir aider à la réparation ; ils seront payés par la municipalité. Malgré cela aucun volontaire de se présente. Sous la menace de leurs armes , les soldats prussiens viennent chercher les ouvriers chez eux et réquisitionnent tous les gens qu’ils rencontrent. Le chantier s’organise et on abat les peupliers du quartier. La mairie fournit des pièces de charpente pour éviter que les Prussiens abattent des maisons pour récupérer les bois de construction.

Lundi 27 février 1871

La réparation du pont se poursuit, les soldats réquisitionnant les ouvriers et les passants. Le vicaire, M. Lubineau y est amené de force. Les Prussiens avaient installé une boîte aux lettres à l’extérieur de la maison de M. Guion, ancien notaire, rue Saint-Jacques ; elle était ornée de l’aigle prussien qui fut lacéré dans la nuit. Furieux à cause de l’insulte, le colonel d’artillerie exige qu’on lui livre le coupable et que la ville verse une indemnité de 36.000 francs. Dans l’impossibilité de trouver le coupable, M. Debourges, le maire, s’offre comme otage. M. Busson, peintre restaure l’aigle abimé. Le colonel se calme et renonce à ses  prétentions. Il exige du maire un arrêté de couvre-feu à partir de neuf heures.

Mardi 28 février 1871

Montoire fournit chaque jour aux occupants 450 kilos de viande, 250 kilos de pain et beaucoup de vin. On continue à travailler sur la réfection du pont.

Mercredi 1er mars 1871

Un contingent symbolique d’Allemands entre dans Paris rive droite pour s’y installer ; il défile dans la ville en deuil devant des statues recouvertes d’un voile noir. Le député Victor Hugo  prononce devant l’Assemblée à Bordeaux un discours énergique contre l’acceptation des conditions de paix imposées par Bismarck. L’Assemblée ratifie les préliminaires de paix par 552 voix pour et 107 contre. Elle confirme la déchéance de Napoléon et de sa dynastie.

Les travaux du pont se terminent et s’avèrent très utiles, permettant l’approvisionnement de la ville en denrées diverses. De nouvelles troupes sont de passage, environ 1900 hommes qui logent chez l’habitant soit à Saint-Oustrille, soit à Saint-Quentin-lès-Trôo. Elles repartent le lendemain.

Samedi 4 mars 1871

Le contingent allemand quitte Paris pour s’établir aux alentours. La nouvelle  que des préliminaires de paix ont été signés circule dans Montoire ce qui n’empêche pas les artilleurs prussiens de faire des réquisitions de fourrage dans les environs.

Dimanche 5 mars 1871

Les artilleurs allemands quittent Montoire comme les pontonniers partis deux jours auparavant. Les troupes prussiennes qui stationnaient vers La Chartre traversent Montoire en direction de Vendôme et Blois. Deux escadrons d’hussard bleus, 1800 fantassins et deux bataillons d’un régiment de ligne allemand s’établissent au quartier et chez l’habitant.

Lundi 6 mars 1871

Le prince Frédéric Charles s’installe au château de Fontainebleau avec son état-major. Le mouvement de retraite des troupes allemandes se poursuit pour la satisfaction des Montoiriens. Un régiment du Schleswig-Holstein s’installe à Montoire.

Mardi 7 mars 1871

Guillaume 1er, Bismarck et l’état-major de Moltke quittent Versailles pour Berlin en laissant une armée d’occupation de cinq mille hommes commandée par le général de Fabrice.  La paix étant conclue, l’Armée française est dispersée, les gardes mobiles et mobilisés retournent dans leurs foyers,  les troupes d’active sont dirigées soit sur Paris ou Marseille pour d’une part réprimer la Commune, d’autre part combattre l’effervescence en Algérie. Le général Le Flo part pour Bordeaux, Chanzy monte à Paris.

Les derniers allemands quittent Montoire à six heures du matin. Ils ont occupé la ville 5 jours en décembre, 14 jours en janvier, 10 jours en février et 6 jours en mars.

Mercredi 8 mars 1871

A Bordeaux, l’Assemblée nationale débat sur l’annulation de l’élection de Garibaldi. Victor Hugo prend sa défense et déclare  : « La France accablée n’a rencontré que la lâcheté de l’Europe. Aucune puissance ne s’est levée pour la défendre : pas un roi, pas un état, personne ! Un seul homme a fait exception : Garibaldi ! Et cet homme est une puissance. » Puis empêché de poursuivre son discours, il démissionne.

Vendredi 10 mars 1871

Thiers déclare aux députés : « Je jure de ne préparer, sous le rapport des questions constitutionnelles, aucune solution à votre insu qui serait de ma part une sorte de trahison ». C’est le pacte de Bordeaux que l’Assemblée adopte à l’unanimité.

Lundi 13 mars 1871

Face à l’effervescence révolutionnaire qui règne à Paris, Thiers décide de déplacer le gouvernement depuis Paris sur Versailles.

Jeudi 16 mars 1871

Le gouvernement accepte de prendre en charge les frais d’entretien des troupes allemandes d’occupation.

Vendredi 17 mars 1871

Thiers décide d’enlever les canons des quartiers de Belleville et de Montmartre qui n’est qu’un prétexte ; car ce qu’il souhaite, c’est l’arrestation des meneurs révolutionnaires de Paris.

Samedi 18 mars 1871

Le plan de Thiers échoue face à la population parisienne. Le Comité central de la garde nationale mobilise tous ses délégués. Certaines troupes fraternisent avec les insurgés. Des barricades sont érigées dans la plupart des arrondissements. Deux généraux sont exécutés. Le peuple de Paris se soulève contre le gouvernement et l’Assemblée nationale. C’est le début de la Commune.

Samedi 25 mars 1871

La forteresse de Bitche (Moselle) assiégée depuis le mois d’août rend les armes sur ordre du gouvernement français.

Dimanche 26 mars 1871

Un scrutin pour élire des conseillers est organisé à l’Hôtel de Ville d’où il ressort vingt-six conseillers modérés et soixante-sept révolutionnaires.

Mercredi 10 mai 1871

La paix est conclue à Francfort-sur-le-Main. Par ce traité, la France perd l’Alsace (moins Belfort) et le nord de la Lorraine et doit payer une indemnité de cinq milliards de francs.

Mardi 16 mai 1871

Les états de l’Empire allemand ratifient le traité de paix.

Jeudi 18 mai 1871

L’Assemblée nationale confirme son accord concernant le traité de paix signé à Francfort.

Dimanche 21 mai 1871

L’Armée régulière rentre dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Il s’ensuit une semaine sanglante : bataille de rues, fusillades, massacres d’otages et incendies.

Dimanche 28 mai 1871

Les combats cessent dans le quartier de Belleville. C’est la fin de la Commune.

Vendredi 9 juin 1871

L’Alsace et une partie de la Lorraine (La Moselle) sont rattachées à l’Empire allemand.

Jeudi 31 août

La loi Rivet, conférant à Thiers, chef du pouvoir exécutif, le titre de « Président de la République » est votée par l’Assemblée.

16 septembre 1873

A Verdun, les dernières troupes allemandes d’occupation quittent le territoire français. La France a réglé les cinq milliards d’indemnité à l’aide de deux emprunts. Le bilan du côté français s’élève à 139.900 morts, 149.000 blessés et 370.000 prisonniers ; 50.900 morts et 89.000 blessés allemands.

 

 

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